Race rustique · Provence

La chèvre du Rove

Impossible de la confondre : ses cornes torsadées en lyre, qui peuvent dépasser un mètre d’envergure, en font la plus spectaculaire des chèvres françaises. Née dans les collines calcaires autour du village du Rove, près de Marseille, cette rustique donne peu de lait — 250 à 400 litres par lactation — mais un lait si riche qu’il a fait naître un fromage protégé, la brousse du Rove AOP. Quasi disparue dans les années 1970, elle compte aujourd’hui 5 000 à 10 000 têtes.


Carte d’identité de la chèvre du Rove

La chèvre du Rove en chiffres
Taille au garrot65 à 75 cm (chèvre) ; 75 à 85 cm (bouc)
Poids50 à 60 kg (chèvre) ; 70 à 90 kg (bouc)
RobePoil ras, robes variées aux noms provençaux : noire, rouge, blanche, « cardaline » (mouchetée), « boucabelle »…
Production laitière250 à 400 L par lactation saisonnière ; lait très riche en matières grasses et protéines
TempéramentRustique, sobre, grande marcheuse, indépendante mais proche de son berger
Effectifs5 000 à 10 000 têtes — race à petits effectifs en cours de relance

Origine et histoire

La légende fait naître la race d’un naufrage phénicien qui aurait jeté des chèvres orientales sur la côte, près du village du Rove ; l’histoire documentée en fait la chèvre des grands troupeaux ovins provençaux. Pendant des siècles, chaque troupeau transhumant de Basse-Provence comptait ses « menons », des boucs du Rove qui guidaient les moutons, et ses chèvres qui nourrissaient agneaux orphelins et bergers. Au début du XXe siècle, la race peuplait encore largement les collines entre Marseille et l’Étang de Berre.

Le déclin du pastoralisme, l’urbanisation du littoral et la concurrence des laitières spécialisées la font s’effondrer : moins d’un millier de têtes dans les années 1970. Une poignée d’éleveurs et une association de sauvegarde relancent alors la race, aidés par un débouché en or : la brousse du Rove, fromage frais moulé en cornet, dont l’AOP est aujourd’hui réservée au lait cru de chèvres du Rove menées en parcours — une première française pour une seule race caprine. Sa place parmi les rustiques est détaillée dans le panorama des races de chèvres.


Pour qui est faite la chèvre du Rove ?

Élevage professionnel

La Rove n’a de sens qu’en système pastoral : traite saisonnière, transformation fermière à forte valeur ajoutée (brousse, tommes), vente de chevreaux. Inutile de la comparer à une Alpine sur le volume ; son modèle économique repose sur le fromage d’appellation et les aides au pastoralisme. Elle excelle aussi en débroussaillage contractuel : les collectivités du Sud-Est rémunèrent des troupeaux du Rove pour entretenir les collines et couper les pare-feux contre l’incendie.

Élevage familial

Excellente option pour un terrain embroussaillé : sobre, résistante à la chaleur et aux parcours pauvres, elle valorise ronces, chênes kermès et genêts là où une laitière dépérirait. Comptez simplement des clôtures dimensionnées pour ses cornes.

Compagnie

Attachante et fidèle à son groupe, mais son envergure de cornes impose distance et prudence avec les enfants. Pour un animal de jardin, la chèvre naine reste plus adaptée ; adopter des Roves, c’est plutôt un acte de conservation d’une race menacée.


Les besoins spécifiques de la Rove

Paradoxe des rustiques : la Rove demande peu, mais pas rien. Elle a besoin de marcher et de brouter varié — c’est une cueilleuse de ligneux plus qu’une mangeuse d’herbe, comme l’explique la fiche que mange une chèvre ? ; enfermée sur un petit pré ras, elle s’ennuie et force les clôtures. Prévoyez un passage d’homme large et des râteliers espacés : ses cornes se coincent dans les équipements standard, ce qui exclut les cornadis classiques. Abri sec, pierre à sel, vermifugation raisonnée suffisent ensuite ; sa longévité atteint sans peine 12 à 15 ans, comme détaillé dans la durée de vie d’une chèvre. Grégaire comme toutes ses congénères — le guide de la chèvre le rappelle, jamais d’animal seul —, elle relève des mêmes obligations légales : numéro de cheptel, boucles et registre dès la première bête, détaillés dans élever des chèvres chez soi.

Le repère clôture : pour des Roves, comptez 1,20 m de hauteur minimum et des passages de 80 cm de large au moins. Un bouc adulte porte jusqu’à 1,20 m d’envergure de cornes : tout portillon étroit devient un piège, toute clôture basse un tremplin.

De la brousse aux 8 AOP

La brousse du Rove n’est qu’un début : découvrez tous les fromages de chèvre d’appellation et leurs terroirs.

Guide des fromages

Questions fréquentes sur la chèvre du Rove

Pourquoi la chèvre du Rove a-t-elle des cornes en lyre ?

C’est le caractère fixé par des siècles de sélection pastorale provençale : des cornes torsadées en forme de lyre, portées haut, qui peuvent dépasser un mètre d’envergure chez le bouc. Elles font partie du standard de la race — une Rove sans cornes n’est pas inscriptible au livre généalogique.

Qu’est-ce que la brousse du Rove ?

Un fromage frais non salé obtenu en faisant floculer le lait entier chauffé, moulé à la louche dans un cornet. L’appellation, protégée par une AOP, est réservée au lait cru de chèvres du Rove élevées en parcours provençal. Pour comprendre ce qui distingue un frais d’un affiné, voir le guide du fromage de chèvre.

Combien reste-t-il de chèvres du Rove ?

La population est estimée entre 5 000 et 10 000 têtes, contre moins d’un millier dans les années 1970. La race reste classée à petits effectifs, comme la Poitevine, et sa sauvegarde repose sur une centaine d’élevages, essentiellement dans le Sud-Est.